mercredi, mars 18, 2026
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Culture

Eniwaye Oluwaseyi à la galerie Zidoun Bossuyt avec « Buried Roots Up in the Air »

La galerie Zidoun Bossuyt consacre, du 19 mars au 2 mai, son espace parisien à l’artiste nigérian Eniwaye Oluwaseyi avec « Buried Roots Up in the Air », deuxième exposition personnelle de ce peintre en pleine ascension.

Installé à Amsterdam après une formation d’ingénieur au Nigeria, l’artiste a récemment achevé une résidence à la Rijksakademie et s’est vu décerner en 2025 le très convoité Royal Award for Modern Painting remis par le roi Willem Alexander des Pays Bas, confirmant son entrée dans le cercle des nouvelles voix majeures de la peinture contemporaine. L’exposition parisienne fait écho à celle présentée simultanément à Luxembourg, autour de la mémoire, de l’exil et des liens invisibles qui relient un individu à ses racines.

Au cœur de ce nouveau corpus de toiles, Eniwaye Oluwaseyi transforme les intérieurs domestiques en chambres d’écho émotionnelles. Portes, fenêtres, jardins et fragments d’architecture deviennent autant de passages vers « d’autres mondes », où passé et présent se superposent. L’artiste puise dans ses archives personnelles – photographies de famille, proches, scènes du quotidien – qu’il mêle à des images issues de magazines nigérians et de la culture de masse, brouillant la frontière entre souvenirs intimes et mémoire collective. Ses compositions, qui résonnent avec la photographie de studio du milieu du XXe siècle, jouent d’une tension subtile entre la pose formelle et l’intimité, tout en laissant affleurer en arrière plan les contextes sociaux et politiques qui façonnent les vies africaines sur le continent comme dans la diaspora.

Eniwaye Oluwaseyi travaille la figuration comme un terrain de recherche plutôt que comme simple quête de ressemblance. À travers de grandes huiles aux couches épaisses, aux surfaces sculpturales et lumineuses, il développe un langage pictural qui oscille entre figuration et expressionnisme. Les personnages – souvent des proches – se détachent dans des intérieurs saturés de motifs, de couleurs et de textures, où chaque détail semble chargé de mémoire : une chaise, un rideau, un cadre deviennent les indices d’un ancrage, d’un déplacement ou d’une absence. L’artiste parle d’une dialectique « présence‑absence » qui irrigue son travail : les figures s’affirment avec force, mais laissent toujours une part de hors‑champ, comme si un fragment du récit restait volontairement inachevé.

Cette exploration de la vie domestique prend une dimension particulière pour un artiste nigérian installé aux Pays‑Bas. Dans « Buried Roots Up in the Air », les intérieurs ne sont pas des refuges fermés mais des espaces ouverts, prêts à accueillir le regard du visiteur. Les plans s’emboîtent, les perspectives se décalent, créant une sensation de mouvement continu dans l’image, comme si l’on entrait dans une scène. En empilant temporalités et lieux, Oluwaseyi interroge ce qui se transmet lorsqu’on quitte un pays pour un autre : que garde‑t‑on, que réinvente‑t‑on, que laisse‑t‑on en suspens « en l’air » ? Le titre de l’exposition, littéralement « des racines enterrées en suspens », résume cette tension entre l’ancrage et le flottement, entre la terre et le ciel.

Cette visibilité à Paris s’inscrit dans un moment charnière de la carrière du peintre. Ses œuvres ont déjà intégré plusieurs collections publiques majeures, du Pérez Art Museum Miami à des institutions européennes, et sont présentées dans l’exposition de référence «When We See Us: A Century of Black Figuration in Painting », qui réunit notamment Kehinde Wiley, Njideka Akunyili Crosby ou Amy Sherald. Parallèlement, ses tableaux figurent dans une nouvelle présentation de collection au Museum Voor Modern Realisme aux Pays‑Bas. À travers cette double actualité muséale et cette exposition à la galerie Zidoun‑Bossuyt, Eniwaye Oluwaseyi confirme une position singulière : celle d’un peintre qui revisite la figuration noire en partant du foyer, de la famille et des gestes ordinaires, pour en faire le théâtre discret mais puissant des transformations sociales et intimes de son époque.

galerie Zidoun Bossuyt, 51 rue Seine 75006 Paris

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