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La compagnie Créole : 50 ans de bonheur

Cinquante ans de rythmes ensoleillés et de refrains qui font danser des générations entières : la Compagnie Créole souffle cette année un demi-siècle de carrière, sans jamais avoir perdu sa joie de vivre. Devenue légendaire la formation a su transformer la musique festive des Caraïbes en un hymne universel à la bonne humeur et au vivre-ensemble. De scène en scène, des bals populaires aux plateaux télé, ses chansons ont accompagné les moments les plus chaleureux de la vie française. Entre souvenirs partagés, refrains inoubliables et nouvelles créations pleines d’énergie, ce jubilé est l’occasion de mesurer l’ampleur d’un héritage musical aussi fédérateur que solaire. Car la Compagnie Créole, c’est bien plus qu’un groupe : c’est un sourire, un tempo et une invitation permanente à célébrer la vie. Rencontre avec Clémence Bringtown, la seule femme du groupe.

Vous fêtez cette année vos 50 ans de carrière, comment vivez-vous ce moment ?

Je n’aime pas dire que nous fêtons nos 50 ans de carrière. Je dirais plutôt que je partage depuis 50 ans des années de bonheur avec mes fans et mon fidèle public que je remercie et que je remercierai sur scène pendant cette tournée en 2026.

Qui a choisi le nom de la « Compagnie Créole » ?

En 1976, nous avons enregistré l’album « Ba mwen en ti bo », nous cherchions un nom et avec notre ancien producteur, Daniel Vangarde, nous avons opté pour La Compagnie Créole étant originaires Arthur et moi de la Guadeloupe et de la Martinique, les îles sœurs des Antilles.

Quel souvenir marquant gardez-vous de vos premiers concerts ?

Je n’imaginais pas que nous avions un tel succès. Je l’ai découvert lors d’une tournée dans l’océan Indien, le Pacifique, si loin de chez nous. C’était après la sortie de l’album « Blogodo ». C’était de la folie, nous faisions deux spectacles par jour.

Quelle chanson ou quel album a le plus changé votre vie professionnelle ?
C’est la chanson « C’est bon pour le moral ». Au départ, elle ne nous inspirait pas du tout, et José et moi, plutôt roots, la trouvions nulle. Nous avons fini par accepter de l’enregistrer après avoir entendu les arguments de Daniel Vangarde. Nous lui avons apporté notre touche en la faisant swinguer, et surprise ! elle a eu le succès qu’on lui connaît. Elle a été programmée sur toutes les radios, dansée dans tous les foyers et nous a valu d’être invités sur toutes les chaînes de télé. Elle fait partie de nos gros succès.


Comment se passe le processus d’écriture et d’arrangement dans le groupe ? Qui compose, qui écrit et comment se prennent les décisions musicales ?
Nous sommes tous auteurs-compositeurs. Nous travaillons chacun de notre côté et nous nous retrouvons pour finaliser les titres : trouver les arrangements, les tonalités et voir ensemble les textes. Il en était de même pour les chansons écrites par D Vangarde et Jean Kluger qui sont de gros succès que tout le monde connaît. Nous avons conservé cette méthode et aujourd’hui nous finalisons tout au studio d’Alain Antonelli, mon gendre et notre directeur musical sur scène. J’écris beaucoup, je fais de nombreuses adaptations, car j’ai toujours aimé la poésie. 

Comment intégrez-vous les traditions caribéennes dans votre musique ?

L’intégration des traditions caribéennes dans notre musique se fait naturellement selon le style et le rythme de la chanson. De mon côté, je compose avec des rythmes de calypso, de biguines, de mazurkas et valses créoles, ayant été à la bonne école avec Loulou Boislaville, qui était le père de notre folklore, et aussi avec les célèbres musiciens du groupe, La Vieille Garde, qui m’accompagnaient quand j’interprétais les chansons légendaires de Léona Gabriel, précurseure de la musique antillaise. 

Avez-vous des rituels avant d’entrer en studio ou sur scène ?
Avant d’entrer en scène, et en dehors des échauffements de la voix, j’aime être au calme, faire de la respiration profonde et méditer un peu. Je suis déjà dans mon spectacle, j’ai toujours le trac comme au premier jour.

Quelle est la chanson que vous aimez le plus jouer aujourd’hui et pourquoi ?
C’est « Santa Maria de Guadaloupe ». J’apprécie son côté spirituel, car je suis croyante, et elle me fait aussi penser à mon père qui aimait tant la mer.


Comment avez-vous géré ces longues années ensemble quand beaucoup de groupes finissent pas se séparer ? Quel est le secret de votre longévité ?

Nous avons toujours tous été animés d’une même passion : la musique. Malgré cela, ça n’a pas été facile pour moi d’intégrer le groupe, mais dès le départ je leur ai fait comprendre que je n’étais la fille de la Compagnie Créole, mais un membre du groupe. Je ne suis pas du genre à me laisser faire. J’ai dû m’imposer et prendre ma place. Mais je pense qu’il y a entre nous de l’amitié et beaucoup d’affection. Je m’occupais d’eux, je les soignais quand ils avaient leurs petits bobos, je leur cuisinais des petits plats qu’ils appréciaient. Mais je laissais éclater aussi ma colère quand ça n’allait pas.


En 2023 José Sébéloué est décédé, comment avez-vous vécu sa disparition ?

José nous a quittés il y a deux ans et c’est très douloureux. Nous avons fait un break, mais quand nous avons repris les spectacles nous étions tous animés du sentiment qu’il est toujours avec nous sur la scène. La joie et la liesse du public nous ont convaincus de revenir sur la scène, et je pense que José n’aurait pas voulu qu’on arrête l’aventure. Chaque soir, avec le public, nous lui rendons hommage. 


Vous avez effectué des tournées dans les Caraïbes, dans l’hexagone, mais aussi beaucoup au Canada, quels souvenirs gardez-vous de ces différents publics ? Y en a-t-il un plus attachant que les autres ? Que représente pour vous l’attachement du public après tant d’années ?

Nous avons en métropole un public très chaleureux. Son attitude peut être différente selon la région. Dès le début de notre carrière, j’ai été assez surprise par la chaleur du public du Nord. D’ailleurs, José disait qu’il rejoignait Enrico Macias qui chante « les gens du nord ont dans leur cœur le soleil qu’ils n’ont pas dehors ».

Nous avons aussi un public très attachant au Québec. Depuis 1985, nous vivons une histoire d’amour avec le Canada. Lors d’un téléthon, nous sommes tombés en amour, comme disent les Québécois.

Nous sommes tellement proches que beaucoup pensaient que nous étions un groupe de chez eux. Quand nous allons au Québec, nous ne tournons pas seulement dans les grandes villes comme Montréal et Québec, nous nous produisons dans les villes de la francophonie, mais aussi une partie du Canada anglophone : Ottawa, Toronto, Vancouver, l’Acadie, la Gaspésie. Nous assurons des tournées de plus de 30 dates. Nous avons reçu le Félix du meilleur spectacle francophone qui nous a été décerné par Céline Dion, qui était alors très jeune. Nous avons aussi remporté le prix de la Disk. Aux Francofolies, nous avons réuni plus de 125 000 spectateurs. Ce sont des souvenirs inoubliables dans une carrière. Et chaque fois que nous rencontrons notre public, nous sommes touchés par cet amour et c’est un bonheur partagé.



Quel message souhaitez-vous laisser aux générations qui découvrent votre musique aujourd’hui ?

Nous avons un public intergénérationnel. Les parents et les grands-parents viennent assister à nos spectacles avec leurs enfants, qui dansent parfois sur la scène avec nous. Depuis quelques années, un public de jeunes vient nous féliciter.

Je pense que beaucoup ont entendu La Compagnie Créole dans leurs fêtes de famille et ont vu leurs parents danser sur nos airs. Certains ont découvert nos chansons à l’école pour les fêtes de fin d’année avec « Bons baisers de Fort-de-France », ou se sont déguisés avant les vacances avec « Le Bal Masqué », ou « Ça fait rire les oiseaux », etc. Si certains jeunes apprécient notre musique, c’est sans doute parce qu’elle distille de la joie de vivre, du bonheur, la paix et l’amour, notamment à travers notre album de Négro Spirituel et Gospel. C’est important dans ce monde si perturbé, où l’agressivité et la violence touchent tant ces jeunes. Si notre musique pouvait être un leitmotiv dans leur vie, je ne souhaiterais qu’une chose : qu’ils viennent nous écouter, chanter et danser avec nous, je serais comblée.

Vous avez reçu de nombreuses distinctions tout au long de votre carrière, y en a-t-il une qui vous a particulièrement touchée ?
Oui, nous avons reçu pas mal de distinctions au Canada, en Afrique et en Métropole. Cela fait plaisir de savoir que nous sommes appréciés d’autant plus quand nous recevons les critiques de nos compatriotes qui disent que nous ne faisons pas de la musique antillaise et que nous les avons trahis. Nous n’avons aucun regret concernant nos choix et pas la moindre impression de trahison, et les Antillais qui nous critiquent devraient être plutôt reconnaissants à la Compagnie Créole d’avoir contribué dans la Caraïbe à l’augmentation des touristes.

J’ai eu l’honneur de recevoir la médaille de Chevalier des Arts et des lettres. Je suis touchée, très fière et reconnaissante à la nation de reconnaître notre travail sur le plan culturel. Cela est très important pour nous et c’est plaisant et positif d’être des marchands du bonheur dans cette vie où il y a tant d’intolérance.

Avez-vous des souvenirs émouvants ou marquants de fans lors de concerts ?

Nous avons de nombreux souvenirs très émouvants de nos fans. Au Canada, une femme au volant de sa voiture s’est arrêtée au bord de la route pour écouter une émission à laquelle participait La Compagnie Créole et où nous chantions «  Ça fait rire les oiseaux ». Elle est ensuite venue à notre prochain spectacle et a demandé à nous voir. Elle a dit à José en pleurant qu’elle voulait nous remercier, car nos chansons lui avaient permis de surmonter son désarroi et ses envies de suicide. Elle s’était dit en écoutant « Ça fait rire les oiseaux », si les oiseaux peuvent rire, pourquoi pas moi.

Au Canada, une femme m’a aussi contactée pour me parler de son petit fils atteint d’une maladie incurable. J’ai entretenu une relation épistolaire avec lui. Il m’a demandé la chanson « Ba mwen en ti bo » que toute la compagnie lui a dédicacée. Il écoutait la chanson tous les jours, et les autres malades venaient le voir danser. Il m’a promis de guérir et de venir la chanter avec nous sur scène à notre prochain passage. Et c’est ce qu’il a fait !  Lors d’un concert au Québec, j’ai vu venir vers moi un petit garçon souriant en pleine forme — ses cheveux avaient repoussé —. Il avait appris la chanson en créole et l’a chantée avec nous. C’était un vrai bonheur.

Il y a aussi l’histoire de cette femme qui est venue me voir lors d’un spectacle au théâtre antique d’Orange. C’était une blonde habillée de bleu. Elle voulait nous rencontrer pour nous remercier, car grâce à nous, elle avait gagné son combat et pouvait remarcher. Elle s’était retrouvée à l’hôpital après avoir contracté une bactérie dans la moelle épinière qui la paralysait toujours plus de jour en jour. Elle était désespérée et pleurait sans cesse. On lui a offert la cassette avec la chanson « C’est bon pour le moral ». Elle l’écoutait plusieurs fois par jour, et les médecins ont constaté qu’en écoutant la chanson, elle bougeait ses orteils. Elle a suivi des séances de musicothérapie avec la chanson et faisait des progrès chaque jour. Elle m’a confié avoir choisi une maison de repos dans une région où elle savait que nous passerions pour venir nous voir. Je n’oublierai jamais ce moment et quand j’y pense, je revois cette femme avec ses béquilles avancer vers ma loge et prendre mes mains et me dire merci. J’en suis encore bouleversée d’en parler.

Comment les jeunes accueillent-ils votre musique aujourd’hui ?
Nous sommes toujours surpris de la réaction des jeunes qui viennent m’apporter des fleurs et nous féliciter alors que nous faisons une musique à l’opposé de la musique actuelle. Ça nous surprend, mais nous sommes très contents d’avoir ce public.


Avez-vous des collaborations ou rencontres artistiques qui vous ont marqué ? Y a-t-il des artistes avec qui vous aimeriez collaborer ?

Nous avons collaboré avec Jean Claude Naimro, Jacob Desvarieux, qui nous malheureusement quittés, Jean Philippe Marthely, le chanteur de Kassav, qui n’est autre que mon cousin. Nous avons aussi collaboré avec Colonel Reyel, Patrick Sébastien et bien d’autres sur notre album de feat qui s’appelle « En bonne Compagnie ». 

Sur notre album « 20 ans déjà », j’ai eu l’honneur d’avoir les félicitations d’une de mes idoles, Jean-Jacques Goldman qui a écouté notre reprise de son titre « À nos actes manqués ».


Quelle est l’anecdote la plus drôle qui vous est arrivée sur scène ou en tournée ?

Nous chantions sur scène « Bons Baisers de Fort-de-France ». J’étais assise sur un tabouret. À la fin, je me suis avancée pour faire chanter le public et tout à coup les garçons ont cessé de jouer en me voyant disparaître de la scène. Je suis tombée et j’ai heureusement atterri sur les deux pieds en bas tout près du public. J’ai ri et dit : « C’est super, je suis plus près de vous ». Éblouie par les projecteurs, je n’avais vu le rebord de la scène.

Pour fêter ces 50 ans, vous sortez un méga-album. Pouvez-vous nous en parler ?Est-ce un remix d’anciens titres retravaillés à la mode d’aujourd’hui ?

 En effet, nous allons ressortir nos succès revisités, mais aussi de très belles chansons qui font partie de nos albums, mais ne sont pas très connues du public. Des chansons de notre répertoire de gospel et négro spiritual, un album de comptines revisitées par la Compagnie et un album en hommage à José.


Comment voyez-vous la place de la musique caribéenne dans le paysage musical actuel ?

Je trouve dommage que l’on n’entende pas la musique antillaise sur les radios métropolitaines, alors que nous sommes la France d’Outre Mer. Contrairement aux USA où les musiques Afro-Américaines, mais aussi la musique africaine de l’Amérique du Sud et de la Caraïbe sont diffusées.


Au-delà du méga-album, comment allez-vous célébrer ces 50 ans ?

Nous espérons faire une grande tournée et faire la fête avec public. Et quand l’occasion le permettra, faire des dédicaces, nous produire sur une scène parisienne et laisser un message d’amour de paix et d’amitié à tous. 


Quelle est votre plus grande fierté après 50 ans de carrière ?

Parmi mes plus grandes fiertés, je suis heureuse d’avoir fait découvrir nos îles à de nombreux métropolitains qui ignoraient où se trouvaient les Antilles. Bien sûr aussi, la venue de ma fille qui a rejoint la Compagnie Créole sur scène depuis plus de dix ans.


Comment conciliez-vous vie personnelle et vie de tournée après tant d’années ?

Personnellement, je ne sais pas ce qu’est une vie personnelle. J’ai conservé la société que j’ai créée avec José et qui gère maintenant la Compagnie Créole. Ça me prend beaucoup de temps au niveau de la Production, des spectacles, etc. Aussi quand je ne suis pas sur les routes, j’en profite pour composer, lire et je consacre une place importante au sport et à la méditation.



Quel rêve vous reste-t-il encore à réaliser avec La Compagnie Créole ?

 Nous avons toujours beaucoup de rêves, et nous en aurons toujours. Nous aurons toujours aussi ce sentiment de n’avoir pas été parfaits et de n’avoir pas fait tout ce qu’il fallait. Je pense que ce qu’il faut souhaiter surtout, c’est de partager ce bonheur le plus longtemps possible avec notre public qui s’agrandit, et que nos rêves se réalisent. 

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