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Linda Tatiana Balagizi, la ruche congolaise passe à l’intelligence artificielle
En République démocratique du Congo, l’innovation technologique ne se limite pas aux écrans et aux applications mobiles. Elle s’invite aussi dans les ruches. Le 11 septembre, à Kinshasa, Linda Tatiana Balagizi a remporté la dixième édition du Prix Orange de l’Entrepreneuriat Social en Afrique et au Moyen-Orient (POESAM), grâce à son projet Osiris, consacré à l’apiculture intelligente. Une récompense qui distingue une jeune entrepreneure capable de faire dialoguer savoir-faire traditionnel, Internet des objets et intelligence artificielle.
Doté de 14 millions de francs congolais, le premier prix vient saluer une solution conçue pour moderniser la ruche et améliorer le suivi des colonies d’abeilles. Le dispositif imaginé par Linda Tatiana Balagizi repose sur des capteurs connectés installés à l’intérieur des ruches. Ceux-ci collectent différentes données, ensuite transmises à une application. L’intelligence artificielle intervient pour traiter et analyser ces informations, afin d’aider les apiculteurs à mieux comprendre l’état de leurs colonies.
Une ruche qui parle
Traditionnellement, l’apiculteur doit ouvrir régulièrement la ruche pour observer les abeilles, contrôler leur activité et repérer d’éventuels problèmes. Cette intervention peut perturber la colonie et ne permet pas toujours de disposer d’informations précises. Avec Osiris, l’ambition est de surveiller la ruche de manière plus fine, en s’appuyant sur des données recueillies en continu.
Température, humidité ou évolution de l’activité : les informations collectées peuvent aider à détecter des anomalies et à mieux accompagner le développement de la colonie. Le projet entend ainsi rendre l’apiculture plus efficace, mais aussi contribuer à une meilleure valorisation des ressources naturelles congolaises. Pour sa créatrice, cette innovation pourrait faire rayonner le savoir-faire de la RDC au-delà de ses frontières.
Le choix du jury ne s’est pas fait au nom d’une simple volonté de représentation féminine. Yvonne Chika Nabintu, présidente du jury, a insisté sur la qualité, le potentiel et l’impact du projet. Parmi les dix finalistes, Osiris s’est distingué par sa capacité à répondre à un enjeu concret tout en ouvrant une perspective économique et environnementale.
Une entrepreneure au service de l’impact
Le projet de Linda Tatiana Balagizi s’inscrit dans l’écosystème d’Artemis Africa, une équipe qu’elle a remerciée au moment de recevoir son prix. Cette dimension collective est importante : Osiris n’est pas présenté comme l’invention isolée d’une entrepreneure, mais comme le résultat d’un travail d’équipe et d’un accompagnement destiné à transformer une idée en solution opérationnelle.
La jeune lauréate a dédié sa victoire à son équipe et à la jeunesse congolaise. Dans son discours, elle a défendu une conviction : les jeunes du pays sont capables d’imaginer des réponses adaptées aux besoins réels de leur société. Son message s’adresse particulièrement à celles et ceux qui hésitent encore à se lancer dans l’entrepreneuriat technologique : croire en ses capacités, ne pas se mettre de barrières et avancer malgré les difficultés.
Cette distinction arrive lors d’une édition anniversaire du POESAM. En dix ans, le programme a reçu 1 858 candidatures en RDC, récompensé 42 lauréats et distribué 121 500 dollars de dotations. Pour la seule édition 2026, 475 projets ont été déposés. Le concours couvre des secteurs aussi variés que la santé, l’éducation, l’agriculture, l’environnement ou l’inclusion financière.
De l’idée à la réalité
Pour Linda Tatiana Balagizi, le prix ne constitue donc pas un aboutissement, mais une étape. Orange RDC a annoncé vouloir accompagner les deux premiers projets de cette édition, notamment par du mentorat, la mise en réseau et un soutien au développement commercial. L’objectif est de permettre à Osiris de sortir du cadre du concours et d’être expérimenté dans la vie réelle.
Avec ses ruches connectées, Linda Tatiana Balagizi propose une vision contemporaine de l’innovation africaine : une technologie qui ne cherche pas à imiter des modèles venus d’ailleurs, mais à répondre à des réalités locales. En associant l’intelligence artificielle à une activité ancienne, elle transforme un outil traditionnel en instrument de mesure, de prévention et de développement. Une manière aussi de rappeler que la prochaine révolution numérique peut naître dans une ruche congolaise.
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