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Florine Clomegah-Freitas
« Mon bonheur réside dans l’impact positif sur la vie des autres »
Fondatrice du Worldwide Women’s Forum, une ONG qui œuvre, entre autres, à autonomiser femmes et jeunes filles en Afrique, Florine Clomegah-Freitas est aussi une serial entrepreneure. Autrice d’un livre sur le bonheur, elle a récemment donné naissance à un magazine, F de Florine ; une marque de beauté, Amazing Beauty et une marque de mode, Cika Fashion. Elle revient pour nous sur ses différents « bébés » et ce qui la motive au quotidien.
Vous avez passé de nombreuses années dans l’humanitaire à différents postes, qu’est-ce que ces derniers vous ont apporté ?
Le travail humanitaire m’a convaincu que mon bonheur réside dans l’impact positif sur la vie des autres. Placer l’humain au centre de son activité permet d’aider concrètement et de valoriser le partage équitable entre le Nord et le Sud. L’écoute et l’engagement des communautés sont essentiels, tout comme le passage de l’assistance au développement, qui favorise l’autonomie et l’entrepreneuriat. L’humanitaire est un écosystème qui contribue autant à la planète qu’à l’Homme, et cette pratique régulière de la bienveillance façonne ma vision : chercher à maximiser le bien-être collectif.
Quel souvenir en gardez-vous ? En quoi ces expériences ont-elles changé votre vie ?
J’ai dirigé au projet de traduction des conversations entre les mères au Niger sur l’évaluation de Plumpy Nut en 2009, envoyées aux USA Center for Disease Control. Après adoption, Plumpy Nut est utilisé mondialement et sauve des enfants. En 2022, lors de la validation d’un paiement de plus d’un million d’euros pour cet achat, j’ai été émue par l’impact durable de notre travail depuis 2009. Ces souvenirs montrent combien notre contribution, avec UNICEF, USA CDC et d’autres organisations humanitaires, a transformé des vies, et la nôtre en même temps, car il y a un grand bonheur à aider les autres et à sauver des vies d’enfants.
Forte de votre parcours, vous fondez le Worldwide Women’s Forum, une ONG qui mène de nombreuses actions pour offrir éducation et perspectives aux jeunes filles en Afrique. Pouvez-vous nous en dire plus ?
J’ai créé et je dirige le Worldwide Women’s Forum, une ONG qui œuvre à améliorer concrètement la vie des femmes et des hommes dans le monde. Nous avons aidé de jeunes réfugiés à s’installer dans des pays sûrs, leur donnant accès à des opportunités et à un environnement paisible, ce qui valorise notre engagement. Nos actions en Ouganda, Zimbabwe et Niger incluent le financement de l’éducation, l’aide aux familles défavorisées, le soutien à l’entrepreneuriat féminin et la lutte contre le cancer pour améliorer durablement les conditions de vie. Nous voulons continuer nos actions futures au Togo et dans la sous-région où nous avons commencé des programmes destinés aux jeunes femmes.
Quelles sont les actions entreprises par cette ONG ?
Notre action se concentre en Afrique de l’Ouest pour favoriser l’autonomie et les opportunités des femmes. Nous créons une nouvelle structure pour relancer nos programmes d’éducation, notamment par des masterclass adaptées et des initiatives contre la pauvreté menstruelle afin d’améliorer la santé et l’hygiène. Nous lançons également des projets de leadership féminin, visant à soutenir et développer un écosystème solidaire pour les femmes entrepreneures.
Quelle est celle dont vous êtes la plus fière ?
L’éducation des jeunes filles a joué un rôle fondamental dans notre action humanitaire. En effet, le parrainage mis en place avec AIRD a illustré de façon emblématique l’engagement de notre organisation en faveur de la jeunesse. Grâce à ce partenariat, nous avons pu offrir des opportunités éducatives à de nombreux jeunes, leur permettant ainsi d’accéder à un avenir meilleur, loin des difficultés et des conflits. Cette démarche a été au cœur de notre mission, témoignant de notre volonté d’accompagner les jeunes vers la réussite et l’épanouissement.
Vous travaillez à développer l’autonomisation des femmes et des jeunes filles en Afrique. Pourquoi est-ce nécessaire ? Que faites-vous pour y arriver ?
J’ai appris de ma mère et de ma grand-mère, mais également de femmes dotées d’une conscience politique, que l’indépendance financière est essentielle pour une femme. Grâce à l’éducation et au travail, les femmes peuvent échapper à la précarité et disposer d’un filet de sécurité. L’éducation financière est un enjeu majeur, tout comme l’accès aux droits fondamentaux. Nous menons de nombreux plaidoyers sur les réseaux sociaux et organisons des masterclass pour partager des informations vitales sur la santé et le bien-être des femmes.
Les femmes possèdent des droits : droit au travail, accès à la santé, à la sécurité, à la famille, entre autres. Les droits des femmes sont des droits humains, et c’est dans cet esprit que je pose, modestement, les bases de cette ONG de proximité, tournée vers les femmes. Par ailleurs, je mets en place un système de microfinance permettant d’accorder une aide au logement, offrant ainsi un soutien concret à celles qui en ont besoin.
Parallèlement au Worldwide Women’s Forum, vous avez sorti un livre sur le bonheur, « Happiness : Surest Way to Happiness ». Comment est-il né ?
La genèse de ce livre trouve ses racines dans une expérience personnelle marquante : la perte de ma mère. Son dernier message, profondément empreint de lumière, était une incitation au bonheur. Elle souhaitait, alors qu’elle s’éloignait, que je sois heureuse, rayonnante comme elle l’a été jusqu’à la fin.
Ce livre se veut donc un hommage à mes parents. Mon père m’a transmis une philosophie de vie selon laquelle il faut toujours faire le bien : « Fais ce qui te plaît, du moment que c’est vertueux. » Ma mère, quant à elle, m’a légué l’importance du bonheur, à travers une éthique de vie. Ce chemin vers le bonheur m’a aussi apporté la conviction que chacun doit contribuer au bonheur du plus grand nombre.
De plus, je vis dans une région où le bonheur et la dolce vita s’expriment comme un véritable art de vivre, renforçant au quotidien cette idée essentielle que le bonheur doit guider nos pas.
Qu’est-ce qui vous a poussée à réfléchir sur le droit au bonheur ? Est-ce le fruit d’un long cheminement personnel ?
Le bonheur est reconnu comme un droit fondamental et certains pays, comme le Bhoutan, évaluent leur richesse selon le bien-être de leur population. L’ONU s’intéresse aussi à ce concept. Il n’existe pas de chemin universel vers le bonheur : il se construit chaque jour grâce à la sagesse et à la bienveillance dans nos actions, paroles et pensées. Cultiver la vertu et éliminer le mal favorisent la joie pour tous.
Que souhaitiez-vous partager à travers cet ouvrage ?
Savoir apprécier chaque instant est une démarche essentielle. Suite à la perte de mes parents, j’ai appris à accorder une réelle importance au quotidien et à valoriser les aspects fondamentaux de la vie. Cette expérience souligne que la confrontation à la mort incite à privilégier la joie, à adopter une attitude optimiste et à résister au découragement. Pratiquer l’amour avec détachement favorise la sérénité face aux défis, tandis que maintenir le bonheur et la joie contribue à l’équilibre du mental. Mon livre porte sur le bonheur dans l’environnement professionnel, familial, conjugal, ainsi que sur la spiritualité, les religions et diverses formes de méditation visant à apaiser l’esprit.
Que faut-il pour être heureux ? Est-ce accessible à tous ?
Le bonheur constitue l’état naturel d’un esprit empreint de bienveillance, ce qui le rend accessible à tous. En effet, la poursuite du bonheur figure parmi les droits fondamentaux inscrits dans la Déclaration des droits de l’homme, confirmant ainsi son caractère universel et le fait qu’il appartient à chacun de le rechercher.
Il est également essentiel de reconnaître que chaque individu possède sa propre définition du bonheur et de ce dont il a besoin pour l’atteindre. C’est pourquoi je laisse à chaque homme et chaque femme la liberté de déterminer ce qui leur convient le mieux. En somme, le bonheur s’inscrit avant tout comme un chemin à parcourir, propre à chacun.
En 2025, vous avez aussi donné naissance à un magazine, F le magazine de Florine, dans lequel vous aidez le lecteur à vivre mieux et, une fois encore, à trouver le bonheur. Pouvez-vous revenir sur la genèse du magazine ? À qui est-il destiné ?
Le magazine F de Florine met l’humain au centre, valorisant bien-être, engagement et épanouissement. Il aborde sport, la santé, le bien-être, l’humanitaire, mode et arts, s’adressant aux clients du Cika Golden Hôtel and Suites et aux femmes leaders et aux jeunes femmes qui participent aux actions de Worlwide Women’s Forum. F offre un espace d’inspiration et de partage, avec une vision humaniste qui considère chacun capable de comprendre, progresser et contribuer à une société plus juste tout cultivant son bien-être.
Comment choisissez-vous les sujets que vous abordez ?
C’est un magazine centré sur l’humain. Convaincu que chaque homme et chaque femme possède en lui-même les ressources nécessaires pour comprendre, progresser et construire une société plus juste et un monde meilleur, le magazine propose des outils pour permettre à chacun d’améliorer sa vie et d’atteindre le bonheur. Ainsi, les sujets abordés doivent contribuer au bien-être de chaque lecteur.
Qu’est-ce qui vous motive au quotidien ?
Contribuer au bonheur des autres. Rendre le maximum de personnes heureuses.
Le magazine est-il disponible aussi bien en version numérique que papier ?
Pour le moment, le magazine est uniquement disponible en version numérique. Cette approche permet une diffusion élargie et accessible à tous, aidant ainsi le partage et la consultation du contenu par un public varié. La version numérique répond aux attentes d’une audience connectée, tout en garantissant la disponibilité immédiate du magazine pour l’ensemble des lecteurs.
Sur tous les fronts, vous venez de créer Cika Fashion and Amazing Beauty pour célébrer la beauté et la mode. Ces domaines vous ont-ils toujours passionnée ?
Au Togo et au Ghana, les Nana Benz sont célèbres pour leur rôle dans le commerce de pagnes, notamment les tissus Wax vendus par des entreprises comme Woodin ou Vliscos. Ce secteur dynamique, qui inclut aussi les tissus, comme le batik, l’indigo et le bazin, reflète une tradition vivace nourrissant la mode contemporaine. CIKA FAB s’inspire de cette passion et propose ces beaux tissus pour les vêtements femmes et hommes.
Que propose Cika Fashion ? Êtes-vous la créatrice ?
Oui, je suis effectivement la créatrice de Cika Fashion. Mon travail consiste à concevoir et réaliser des vêtements élégants et raffinés, confectionnés à partir de pagnes africains. Chaque pièce est pensée pour mettre en valeur la richesse et la beauté de ces tissus traditionnels, tout en offrant aux femmes et aux hommes des tenues qui allient modernité et authenticité.
Où sont fabriquées les créations ?
Les créations de Cika Fashion sont fabriquées au Togo. Ce choix s’inscrit dans la continuité de la valorisation des tissus traditionnels africains, tels que le wax, le batik ou l’indigo, et permet de soutenir le savoir-faire local tout en respectant la tradition textile propre à la région.
Avez-vous fait le choix de proposer une mode éthique ?
CIKA FAB valorise les savoir-faire africains et garantit des conditions de travail justes, privilégiant une production responsable et durable. En mettant l’accent sur luxe, dignité et responsabilité, la marque crée des vêtements élégants qui respectent l’humain, la culture et l’environnement, tout en préservant les traditions textiles locales.
Le credo de la marque semble être « vous êtes fabuleuse ». Pourquoi est-ce important de le rappeler aux femmes ?
Absolument, il est primordial que chaque femme garde en mémoire qu’elle est fabuleuse. Ce rappel s’avère essentiel, car il constitue un hommage à tous celles et ceux qui, par leur présence et leur aura, enrichissent notre quotidien. Nous croisons chaque jour des hommes et des femmes remarquables, mais il est impossible de leur rendre suffisamment justice. Ils sont à l’honneur dans CIKA FAB. C’est pourquoi cet état d’esprit doit être encouragé et valorisé : il célèbre la fabulosité de chacun et invite à la reconnaissance de la beauté et de la valeur de chaque individu.
Que propose Amazing Beauty ?
Je m’oriente vers une nouvelle définition de la beauté africaine. Je souhaite m’orienter vers les produits de beauté africains et proposer une redéfinition de ce qu’est véritablement la beauté. Il s’agit d’adopter une approche authentique et sincère, en mettant en avant une beauté qui ne se limite pas à l’apparence, mais qui s’exprime à travers un art de vivre vertueux, éthique et bénéfique. Mon objectif est de dépasser les simples critères esthétiques pour valoriser une beauté réelle, profonde et porteuse de sens.
Surfez-vous sur la tendance naturelle ?
Depuis toujours, j’ai nourri le rêve de créer des vêtements confectionnés à partir de tissus africains. Ce projet s’est concrétisé de façon naturelle, et aujourd’hui, cela me procure un bonheur certain. La réalisation de ce rêve est le fruit d’une conviction profonde pour la richesse des textiles africains et leur capacité à inspirer des créations élégantes et raffinées. Cette démarche s’inscrit dans une volonté d’allier authenticité et modernité, tout en valorisant la beauté et la diversité des traditions africaines.
Quelle est la prochaine étape ?
Afin de poursuivre le développement de la marque, une étape essentielle consiste à commencer à bâtir une clientèle plus importante et à accroître la notoriété auprès du grand public. Cet objectif implique de renforcer la présence de la marque, de toucher un public plus large et de fidéliser de nouveaux clients, tout en restant fidèle aux valeurs et à l’authenticité qui caractérisent les créations. Cette démarche est indispensable pour assurer la croissance et la pérennité de l’activité, tout en continuant à mettre en avant la richesse du savoir-faire local et des traditions textiles africaines.
Comment voyez-vous l’avenir ?
Je souhaite organiser des retraites pour la diaspora autour du thème de l’Ubuntu, afin de favoriser la reconnexion avec nos racines, la solidarité et le leadership conscient. Inspirées du principe « Je suis parce que nous sommes », ces retraites créeront des espaces de dialogue, de transmission et de transformation collective. Elles s’inscrivent dans la convergence entre Ubuntu et humanisme, en affirmant à la fois la dignité individuelle et la responsabilité envers la communauté. L’objectif est de cultiver un leadership éthique, enraciné dans nos valeurs et tourné vers l’impact collectif.
Finalement, vivre pleinement chaque instant, dans la joie et la sérénité, c’est ce que nous ressentons aujourd’hui — non pas comme un privilège isolé, mais comme une expérience profondément humaine et partagée. Cette sensation de bonheur, cette harmonie et cette douceur de vivre prennent tout leur sens lorsqu’elles s’ancrent dans la reconnaissance de la dignité de chacun et dans l’attention que nous nous portons les uns aux autres. La « dolce vita » ne se limite pas à un simple moment : elle devient un engagement quotidien à cultiver la bienveillance, la solidarité et le respect, aujourd’hui comme demain. Ensemble, nous nourrissons cette lumière intérieure qui éclaire nos vies et nous rappelle que le véritable bonheur grandit lorsqu’il est partagé. Le chemin du bonheur et de la sagesse est avant tout un chemin profondément humaniste.
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