Connue pour ses rôles au cinéma et à la télévision, CCH Pounder mène un autre combat, moins médiatisé : faire reconnaître l’art africain, caribéen et diasporique dans les grandes institutions culturelles. Le 29 novembre 2026, cette collectionneuse passionnée recevra le prix AfriKin Award of Excellence à Miami.
On la connaît pour son regard intense et ses personnages de femmes de caractère dans The Shield, NCIS: New Orleans ou encore la saga Avatar. Mais derrière la carrière de CCH Pounder se cache une autre passion : l’art africain et celui de ses diasporas. Née à Georgetown, en Guyane britannique, aujourd’hui le Guyana, cette actrice possède une collection de plus de 500 œuvres d’artistes africains, caribéens et afro-descendants. Une collection qu’elle ne considère pas comme un simple patrimoine privé, mais comme une mémoire à transmettre.
Le 16 octobre dernier, l’AfriKin Foundation a annoncé qu’elle lui décernerait le prix AfriKin Award of Excellence 2026. La cérémonie aura lieu le 29 novembre, lors du vernissage de la douzième édition de l’AfriKin Art Fair, à North Miami, en Floride. Organisé pendant la Miami Art Week, ce rendez-vous s’est imposé comme une plateforme de visibilité et de commercialisation pour les artistes d’origine africaine et de la diaspora.
L’édition 2026 s’ouvrira avec l’exposition GRIOT: Urgent Storytelling for Our Times, qui réunira environ 70 artistes issus de plus de 35 pays et territoires. Le choix de ce thème fait écho à la tradition des griots d’Afrique de l’Ouest, gardiens de l’histoire collective et passeurs de récits. C’est précisément cette fonction de transmission que l’organisation reconnaît dans le travail de CCH Pounder.
Collectionner pour transmettre
Si elle est honorée, ce n’est donc pas seulement pour sa célébrité. Selon l’annonce officielle, le prix récompense une vie consacrée à collectionner, préserver et présenter les créations d’artistes africains et diasporiques. La différence tient à la manière dont elle fait vivre sa collection : les œuvres ne restent pas confinées dans l’espace privé, elles voyagent et rencontrent de nouveaux publics.
Des pièces de la collection CCH Pounder-Koné ont ainsi été présentées dans plusieurs institutions, notamment l’African American Museum de Philadelphie, le DuSable Black History Museum de Chicago et le Charles H. Wright Museum de Detroit. D’autres ont été prêtées à des établissements prestigieux, dont la National Portrait Gallery et Somerset House, à Londres. En donnant accès à ces œuvres, la collectionneuse contribue à faire entrer dans les musées des histoires, des imaginaires et des trajectoires trop souvent absents des récits artistiques dominants.
Son engagement s’enracine également dans une réalisation majeure. En 1992, elle fonde avec son époux, le Sénégalais Boubacar Koné, le musée Boribana à Dakar, considéré comme le premier musée privé d’art contemporain du Sénégal. En 2014, le couple en fait don à l’État sénégalais. Ce geste illustre une conviction profonde : l’art ne doit pas seulement être acquis, mais aussi partagé et transmis aux générations futures.
Une reconnaissance qui dépasse le cinéma
La distinction d’AfriKin s’inscrit dans un parcours déjà marqué par plusieurs reconnaissances. En 2022, CCH Pounder a été élevée au rang de commandeur de l’Ordre national du Lion du Sénégal, saluant notamment sa contribution au rayonnement culturel. Quatre fois nommée aux Emmy Awards, elle poursuit parallèlement sa carrière d’actrice.
Son itinéraire rappelle ainsi que la collectionneuse peut jouer un rôle décisif dans la vie artistique : soutenir les créateurs, préserver des œuvres, faciliter leur circulation et contribuer à modifier le regard porté sur des cultures longtemps marginalisées.
