À la uneSanté

En Afrique, l’accès aux soins dermatologiques reste largement insuffisant

Les maladies de peau concernent plus de deux milliards de personnes dans le monde et figurent parmi les dix premières causes d’incapacité. Pourtant, l’accès aux soins dermatologiques demeure profondément inégal, notamment en Afrique. C’est le constat de la première évaluation mondiale consacrée à la santé cutanée, publiée dans JAMA Dermatology par le Global Access to Skin Health Observatory, une initiative menée par la Ligue Internationale des Sociétés Dermatologiques (ILDS) et L’Oréal Beauté Dermatologique. L’étude couvre 158 pays, soit 97% de la population mondiale.

À l’échelle planétaire, la densité moyenne est de 2,66 dermatologues pour 100 000 habitants, alors que 5,63 seraient nécessaires pour assurer une couverture jugée convenable. Plus de 80% des pays se situent ainsi sous ce seuil. Mais la fracture est particulièrement marquée entre les pays riches et les pays à faible revenu : ils comptent respectivement 5,05 et 0,37 dermatologue pour 100 000 habitants, soit un écart de près de un à neuf. Aucun pays d’Afrique n’atteint actuellement le niveau de référence fixé par l’étude.

Les comparaisons entre pays aux populations similaires rendent cette disparité concrète. L’Australie et le Niger comptent chacun environ 27 millions d’habitants. Pourtant, le premier dispose de plus de 600 dermatologues, contre seulement 18 pour le second. De même, le Japon et l’Éthiopie ont une population proche de 130 millions de personnes, mais recensent respectivement plus de 7 000 et environ 200 dermatologues. Ces écarts ne traduisent pas une différence de besoins, mais bien une inégale capacité à former, recruter et répartir les professionnels de santé.

Le problème ne se limite pas au nombre de spécialistes. En Afrique, 94% des pays déclarent disposer d’une capacité insuffisante en personnel soignant. Environ la moitié des pays de la région — 46% — ne possèdent par ailleurs aucun programme de formation en dermatologie. Faute de spécialistes, le diagnostic et la prise en charge reposent souvent sur les médecins généralistes, les infirmiers, les pharmaciens ou les agents de santé communautaires, qui ne bénéficient pas toujours d’une formation suffisante dans ce domaine.

À cette pénurie s’ajoute une forte concentration géographique. Dans les pays à faible revenu, 91% des dermatologues exercent en zone urbaine, contre 79% à l’échelle mondiale. Les populations rurales et isolées sont ainsi confrontées à de véritables « déserts dermatologiques ». L’accès aux soins est d’autant plus difficile que les spécialistes travaillent fréquemment dans le secteur privé, laissant les patients dépendants des systèmes publics sans solution adaptée. Au total, environ deux tiers des pays les plus pauvres déclarent un accès médiocre ou extrêmement inadéquat aux soins dermatologiques.

L’étude souligne toutefois plusieurs pistes d’action : développer les formations régionales, renforcer les compétences des professionnels de première ligne et recourir à la télémédecine ainsi qu’à l’intelligence artificielle. Ces outils pourraient rapprocher l’expertise des patients éloignés, à condition que les dispositifs soient conçus pour tenir compte de la diversité des carnations. Pour la Dre Esther Freeman, chercheuse principale de l’étude, « l’endroit où vous vivez ne devrait pas déterminer votre accès à la santé de la peau ». En Afrique, cette exigence suppose désormais de transformer les données en investissements durables, afin que la santé cutanée cesse d’être un privilège urbain et devienne une priorité de santé publique.

Quelle est votre réaction ?

Laisser une réponse

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Articles connexes

Toute L'ACTUALITÉ à portée de main

Des articles, des vidéos et du contenu exclusifs de femmes inspirantes du monde entier. Abonnez-vous dès maintenant et ne ratez aucun de nos numéros.