Et si les musées changeaient de regard ? Si, derrière les vitrines impeccables, certaines œuvres demandaient simplement à rentrer chez elles ? Près de cinquante ans après l’appel d’Amadou-Mahtar Mbow, ancien directeur général de l’UNESCO, la question du retour des œuvres africaines spoliées continue de nous interpeller — mais elle n’a jamais été aussi actuelle.
Tout bascule en 2017, à Ouagadougou. Emmanuel Macron y prononce un discours qui marque un tournant : la France s’engage à permettre la restitution d’œuvres africaines conservées dans ses collections publiques. Une promesse forte, presque intime, qui touche à la mémoire, à l’identité et à la justice. Car ces objets — statues, masques, trésors royaux — ne sont pas de simples pièces d’exposition. Ils portent en eux des histoires, des croyances, des fragments de vie arrachés à leur terre d’origine.
Depuis, les lignes bougent. Lentement, mais sûrement. En 2023, deux lois ouvrent déjà la voie, notamment sur les biens spoliés pendant la Seconde Guerre mondiale et sur les restes humains. Puis, début 2026, une loi-cadre adoptée à l’unanimité vient franchir un cap décisif : elle facilite la restitution d’objets acquis durant la période coloniale. Une avancée majeure, qui reconnaît enfin que certaines œuvres sont aussi le fruit de rapports de domination.
Mais restituer, ce n’est pas seulement rendre. C’est aussi questionner. À qui appartient le patrimoine ? Peut-on réparer l’histoire ? Et surtout, comment imaginer une circulation plus juste des œuvres et des savoirs entre les continents ? Autant de questions qui résonnent bien au-delà des musées, dans nos imaginaires et notre rapport au monde.
C’est précisément ce dialogue que propose aujourd’hui la Fondation Maison des Sciences de l’Homme. D’avril 2026 à juin 2027, elle lance un cycle de rencontres au titre évocateur: «#Restitutions. Une nouvelle définition du monde ». Pensé comme un espace ouvert, vivant, accessible, ce rendez-vous réunira chercheurs, juristes, conservateurs et acteurs culturels autour d’une même ambition : comprendre, débattre, imaginer autrement.
Parmi les intervenants : le professeur Souleymane Bachir Diagne de l’université de Columbia, l’historienne de l’art Marie-Cécile Zinsou, l’ancienne ministre de la Culture Rima Abdul Malak, le chercheur Vincent Negri, le professeur Mamadou Diouf et l’archiviste Sarah Frioux-Salgas.
Sept rencontres sont prévues qui promettent des échanges riches, sensibles, parfois sans doute dérangeants — mais toujours nécessaires. Parce qu’au fond, la restitution ne parle pas seulement d’objets. Elle raconte une histoire plus vaste : celle d’un monde qui cherche à se rééquilibrer, à réparer ses fractures et à redonner voix à celles et ceux qui en ont été privés.
Et si, finalement, restituer, c’était aussi apprendre à mieux écouter ?
Pour connaître le programme : www.fmsh.fr
