« Kwibuka, se souvenir » : le poids des silences et la force de la mémoire

Mercredi 4 novembre, Kwibuka, se souvenir, le film de Jonas d’Adesky, avec Sonia Rolland et Jean-Hugues Anglade, sort en salles. Le réalisateur invite le public à s’interroger sur la possibilité de vivre avec la mémoire du génocide des Tutsi de 1994. En kinyarwanda, kwibuka signifie « se souvenir ». Un titre qui résume l’ambition du cinéaste belgo-congolais, élevé en Belgique : parler du passé, sans le laisser enfermer le présent. Ce film est aussi pour lui une manière de renouer avec ses origines et de retrouver, à travers son histoire, la trace de sa grand-mère disparue pendant les massacres.

Un retour qui réveille les blessures

Lia, basketteuse franco-rwandaise incarnée par Sonia Rolland, est invitée à rejoindre l’équipe nationale rwandaise pour disputer le championnat d’Afrique. Elle retrouve alors un pays qu’elle a quitté enfant, au moment du génocide des Tutsi. Derrière cette invitation se dessine bientôt une confrontation avec les souvenirs, les absences et les blessures d’une histoire familiale longtemps enfouie.

Lia appartient à un pays qu’elle connaît peu, tout en portant les traces d’un passé qu’elle n’a pas choisi. Le basket semble d’abord lui offrir un cadre rassurant. Mais une blessure l’amène à s’interroger sur le sort de sa famille. Elle apprend les circonstances de la mort de sa mère et cherche à comprendre ce qu’est devenu son frère.

Le film ne cherche pas à reconstituer les massacres ni à susciter l’horreur par des images insoutenables. Il s’attache plutôt à ce qu’ils ont laissé derrière eux : des familles séparées, des deuils impossibles, des paroles retenues et des liens fragilisés. Le passé n’est pas un chapitre refermé. Il continue de traverser le présent, jusque dans les relations les plus intimes.

Face à Sonia Rolland, Jean-Hugues Anglade incarne le père de Lia, resté au Rwanda et éloigné de sa fille au fil des années. Leur relation, marquée par la distance et les non-dits, donne au récit sa tension émotionnelle. Comment renouer avec un parent lorsque l’histoire familiale est faite de secrets et de douleurs que chacun porte différemment ? Les retrouvailles ne promettent pas de réparer ce qui a été brisé, mais elles ouvrent un espace où la parole peut enfin circuler.

Jonas d’Adesky choisit une mise en scène sobre, qui n’élude rien de la réalité vécue par la population. Pour évoquer l’indicible, il fait notamment appel à l’animation : les dessins du père prennent vie et suggèrent les violences que les personnages ne parviennent pas à raconter. Le film donne ainsi à comprendre la brutalité du génocide à travers ses traces et ses conséquences, sans recourir au spectaculaire.

Se souvenir pour avancer

Kwibuka, se souvenir rappelle que la reconstruction d’un pays se joue aussi dans les familles : dans la possibilité de raconter ce qui s’est passé et dans la manière de vivre aux côtés de ceux qui portent des souvenirs douloureux.

La question du pardon traverse le récit, mais elle ne trouve pas de réponse facile. Se souvenir ne signifie ni oublier les responsabilités ni effacer les souffrances. Il s’agit plutôt de comprendre comment continuer à vivre lorsque le passé demeure présent.

Le cinéaste met ainsi face à face Jean-Baptiste, ancien chanteur devenu génocidaire, qui voudrait retrouver une place parmi les vivants, et une victime du génocide. Une confrontation qui soulève une question essentielle : le désir de réconciliation du coupable peut-il dicter le chemin des victimes ?

Tourné avec une équipe composée à 80 % de professionnels rwandais, Kwibuka, se souvenir est un film sensible, porté par Sonia Rolland, tout en retenue, et Jean-Hugues Anglade, dont le personnage peine à trouver les mots face à sa fille. Un récit qui regarde l’Histoire en face et rappelle que se souvenir est aussi une façon de transmettre.

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