Esosa Osa, la femme qui veut rendre l’intelligence artificielle plus juste

Et si l’intelligence artificielle cessait, enfin, de considérer l’expérience blanche comme la norme ? C’est le pari d’Esosa Osa, fondatrice afro-américaine de l’organisation à but non lucratif Onyx Impact. Le 25 juin dernier, elle a lancé Aisha, une application d’intelligence artificielle conçue pour mieux servir nos communautés, trop souvent oubliées, mal comprises ou caricaturées par les outils numériques grand public.

Son nom, Aisha, évoque une voix familière, mais derrière cette apparente simplicité se cache une ambition technologique et politique : faire de l’IA un espace de mémoire et de protection. À la différence des assistants conversationnels classiques, l’application s’appuie prioritairement sur des sources noires vérifiées, des médias de qualité, des récits historiques et des expériences vécues. Elle entend répondre avec davantage de nuance aux questions qui touchent à la culture, à l’actualité, à la santé, à l’histoire ou aux réalités sociales des populations noires.

L’initiative ne repose pas sur l’idée qu’une technologie peut être parfaitement neutre. Au contraire. Esosa Osa part du constat que les intelligences artificielles apprennent à partir de données produites dans des sociétés traversées par les biais et les inégalités. Résultat : elles peuvent invisibiliser certains savoirs, reproduire des stéréotypes ou répondre sans tenir compte de réalités culturelles. Aisha veut corriger ce déséquilibre en plaçant les voix noires non plus à la marge, mais au centre de l’information.

Native de l’Ohio et diplômée de l’université Duke, Esosa Osa n’est pas arrivée pas dans la tech par hasard. Elle a d’abord travaillé dans la finance, chez BlackRock et Morgan Stanley, avant de s’engager dans le combat démocratique. Ancienne directrice exécutive adjointe de Fair Fight Action, une organisation américaine de défense du droit de vote, elle a notamment travaillé sur les campagnes de désinformation et les politiques électorales. Un parcours à la croisée de l’économie, de la politique et de la justice sociale.

Aisha se distingue aussi par sa promesse de confidentialité : les conversations de ses utilisateurs ne servent pas à entraîner son modèle. Dans un univers numérique où les données personnelles sont devenues une marchandise, ce choix est loin d’être anodin. L’application intègre également des garde-fous destinés à limiter les réponses biaisées ou nuisibles.

Avec Aisha, Esosa Osa ne prétend pas seulement inventer un nouvel outil numérique. Elle interroge qui programme les technologies qui façonnent nos idées, nos recherches et notre accès au savoir ? Une invention qui choisit enfin de regarder le monde dans sa diversité.

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